Les enjeux de la valorisation des femmes dans le secteur numérique

28 juin 2024

Quelle est la place des femmes face aux enjeux du numérique ?

Le numérique est en évolution constante et provoque des changements sociétaux importants puisqu’il impacte nos vies directement, de façon croissante et dans de nombreux domaines. Les technologies numériques sont désormais utilisées partout : l’agriculture, la santé, l’éducation, le commerce, l’art ou encore l’industrie. Il est donc primordial que les solutions et projets illustrent les besoins et conceptions de la société entière. Nous sommes tous utilisateurs et utilisatrices directs ou indirects du numérique, homme comme femme. Or les acteurs du numérique sont à 75 % des hommes.

 

La représentation féminine dans le secteur numérique en quelques chiffres

 

Selon l’INSEE, en 2021-2022, les femmes n’occupent que 24 % des emplois dans les professions du numérique. Selon les types de poste et leur niveau technique, l’écart se creuse davantage. Néanmoins, elles sont plus jeunes à travailler dans ce domaine : 33% d’entre elles ont moins de 30 ans et 61%, moins de 39 ans. Les femmes exerçant dans le numérique sont plus diplômées que celles travaillant dans d’autres secteurs : 70 % contre 33%. Leurs homologues masculins du numérique sont un peu moins diplômés comparés aux femmes (62%).
La France fait partie des mauvais élèves de l’Europe en ce qui concerne la mixité dans la Tech mais elle a aussi un retard national dans la parité socio-économique globale .

Pourtant dans les années 70 et 80, les femmes étaient nettement plus représentées dans les secteurs technologique et numérique : la filière informatique était la deuxième filière avec le plus de femmes ingénieures. Les garçons et les filles étaient tout autant présents dans les filières techniques et scientifiques. Lorsque ce secteur est devenu en vue et porteur d’une rémunération et d’un prestige plus intéressants, la part des hommes a augmenté pour atteindre ce qu’elle est aujourd’hui.

 

Des femmes sources d’inspiration dans le secteur de la Tech

 

Les femmes ont donc joué un rôle majeur dans le domaine du numérique, un certain nombre d’entre elles l’ayant même révolutionné : Ada Lovelace s’est illustrée dans le domaine de la programmation ; Hedy Lamarr dans les télécommunications et le wifi, Roberta Williams dans les jeux-vidéo ; Margaret Hamilton ou encore Dorothy Vaughan dans le domaine spatial.
On peut également citer des Françaises, pionnières dans la Tech, notamment en informatique avec Alice Recoque, spécialisée dans l’IA, Marion Créhange, première femme française à obtenir un doctorat en informatique et Françoise Chatelin, spécialisée en mathématiques appliquées.

 

 

Pourquoi avons-nous besoin d’inclure les femmes dans le secteur de la Tech ?

 

Égalité des chances dans des carrières à forte rémunération et innovation

Promouvoir l’égalité des chances dans l’orientation vers les carrières du numérique est non seulement une question de justice sociale, mais aussi une nécessité sociétale et économique. Le secteur du numérique est en pleine expansion et a besoin de divers talents pour innover et répondre aux défis de demain.
C’est donc est un réel enjeu socio-économique, d’autant qu’un lien entre diversité de genre et innovation a été constaté. En effet, les équipes mixtes, avec des salariées et salariés ayant des expériences variées travaillent ensemble de manière plus créative et efficiente.

Le secteur de la Tech, qui est un secteur qui recrute et qui rémunère plutôt bien, doit inclure les femmes, représentant la moitié de la population globale.

 

 

Un manque de diversité aux conséquences tangibles pour les femmes

Le manque de femmes dans les équipes de recherche et développement a de réelles conséquences sur la vie des femmes, c’est-à-dire d’un peu plus de la moitié de la population (51,6 % de la population française en France en 2019).

Conception de produits technologiques :
Lorsque les équipes de développement technologique manquent de diversité, les produits et services créés peuvent refléter des biais inconscients. Par exemple, des applications de santé conçues principalement par des hommes peuvent ne pas prendre en compte les besoins spécifiques des femmes.
Des rapports ont indiqué par exemple que certaines montres connectées sont moins précises dans le suivi des rythmes cardiaques chez les femmes, ce qui peut avoir des implications sur la gestion de leur santé.
Un autre exemple est celui des applications de suivi de la santé qui omettent de suivre les cycles menstruels, une fonction essentielle pour beaucoup de femmes.

Algorithmes et Données :
Les algorithmes d’intelligence artificielle utilisés dans le domaine de la santé peuvent présenter des biais sexistes s’ils sont entraînés sur des jeux de données non représentatifs.
Des études ont montré que certains algorithmes de diagnostic médical sont moins précis pour les femmes que pour les hommes, car ils ont été entraînés sur des données majoritairement masculines. Cela peut conduire à des diagnostics erronés et des traitements inappropriés pour les femmes.

Recherche Médicale et Développement :
La sous-représentation des femmes dans les équipes de recherche technologique peut également influencer les priorités de la recherche. Les études cliniques et les innovations médicales peuvent négliger les maladies qui affectent principalement les femmes ou interpréter différemment les symptômes féminins, retardant ainsi les avancées médicales cruciales pour la santé des femmes.
Les systèmes de reconnaissance vocale, largement utilisés dans les soins de santé pour les enregistrements médicaux ou les assistants virtuels, ont souvent des taux d’erreur plus élevés pour les voix féminines. Cela peut entraîner des malentendus et des erreurs dans les instructions médicales.

 

L’importance de la diversité

Pour pallier ces défis, il est essentiel d’intégrer davantage de femmes dans le secteur numérique. Une représentation équilibrée des genres peut conduire à des solutions plus inclusives et à des innovations qui répondent mieux aux besoins de toutes les utilisatrices et tous les utilisateurs.

Une enquête révélatrice d’une augmentation des filles dans les filières numériques

 

Selon le rapport Gender Scan, étude sur Étudiants-Ingénieur de février 2024, dans le numérique en France depuis 2017, le nombre de femmes diplômées est en nette augmentation (+43%) mais incontestablement moins qu’en Europe. L’étude révèle également que le nombre de filles est en hausse dans les cycles courts vers le numérique (+ 6%), en licence (+ 21%) et en doctorat (+ 4%).
Il n’en reste pas moins que deux fois plus de filles que de garçons sont découragées de s’orienter vers le numérique parce les adultes leur renvoient que “ce n’est pas une voie pour les femmes” et qu’elles ne devraient s’y intéresser.

 

Les obstacles à surmonter

 

Stéréotypes et préjugés : dès l’enfance, les filles sont souvent orientées vers des filières littéraires ou sociales, et moins encouragées à s’engager dans les filières scientifiques et technologiques. Ces stéréotypes perdurent tout au long de leur éducation et carrière, limitant leurs aspirations.

Manque de modèles et de mentorat : le manque de femmes dans des rôles de leadership dans le secteur numérique rend difficile pour les jeunes femmes de se projeter dans ces carrières. Les programmes de mentorat sont essentiels pour offrir un soutien et des conseils.

Culture d’entreprise : de nombreuses entreprises technologiques sont perçues comme ayant une culture d’entreprise masculine, où les femmes peuvent se sentir marginalisées. Les politiques d’inclusion et de diversité sont cruciales pour créer un environnement de travail plus accueillant.

Cependant, malgré un recul historique de la présence des femmes dans le domaine du numérique, elles ont toute leur place et il est possible de revenir à une parité homme-femme. Cela nécessite du temps et de l’investissement du côté des hommes comme des femmes et des acteurs de la filière. C’est ce que soutient la DRANE grâce à des actions éducatives menées auprès des jeunes en établissement scolaire.
Heureusement, des enquêtes montrent des efforts encourageants ces derniers temps.

 

Une question de justice et d’équité qui nécessite l’engagement de tous

 

Selon les statistiques du rectorat, en Occitanie, en première, les filles ne représentent que 21% de filières “numériques” en première, en terminale, elles sont encore moins, à 17%. Ainsi, seulement 230 filles choisissent la spécialité numérique et sciences informatiques (NSI). Néanmoins, l’Hérault développe énormément son activité économique autour du secteur numérique. C’est pourquoi l’académie et la DRANE  s’engagent avec des partenaires associatifs, institutionnels et entrepreneuriaux pour mener des actions de sensibilisation des acteurs de terrain.

La Région académique Occitanie s’engage plus globalement pour lutter contre les inégalités depuis en mai 2022 avec la création du pôle académique “Égalité des chances”. Cette initiative de Madame Sophie Béjean, Rectrice de l’académie de Montpellier, Rectrice de la Région académique Occitanie et chancelière des universités, permet d’apporter des réponses face aux inégalités sociales et territoriales des élèves, représentant de réelles problématiques dans leur réussite scolaire et éducative.
L’égalité filles-garçons fait partie des missions principales du pôle. Il s’agit d’un premier pas pour déconstruire les stéréotypes de genre et mettre en confiance les filles à choisir n’importe quel parcours, même s’il n’est pas “fait pour elles”, comme les parcours technique et scientifique. La DRANE Occitanie en partenariat avec des associations et organismes montpelliérains mène diverses actions (ateliers, conférences, journée des métiers…) directement auprès des jeunes filles pour promouvoir les métiers du numérique.

Aujourd’hui 88% des représentantes et représentants du numérique ressentent la volonté de leur entreprise à s’engager pour favoriser la place des femmes et participer à leur épanouissement dans le domaine du numérique. Mais cette volonté tarde encore à se traduire dans les chiffres.

 

Deux entretiens inspirants en faveur de la féminisation du secteur de la Tech

 

Il est important de rappeler que les parcours professionnels n’ont pas de genre.  Anne-Laure Thibaud, directrice Monde Intelligence Artificielle chez Capgemini, rappelle qu’il faut saisir les opportunités professionnelles dans le domaine qui plait à chacune, sans se soucier de l’image du secteur. Selon elle, il faut se détacher des stéréotypes de genre : “ je faisais du code et je m’éclatais ! Il ne faut pas hésiter, en tant que femme, à opter pour des postes purement techniques, s’ils nous attirent ! Les opportunités et centres d’intérêt n’ont pas de genre “.

C’est important pour elle de participer à l’évolution du monde à travers son métier. La révolution technologique de l’intelligence artificielle offrent des solutions façonnant déjà notre quotidien et qui transformeront le monde de demain, c’est pourquoi les femmes doivent participer à cette révolution. Selon elle, il faut aider les entreprises à s’y préparer dès maintenant et à former les futurs talents en participant à la sensibilisation des plus jeunes (filles comme garçons) aux métiers de la Tech.

 

Un autre entretien également des talents du numérique et publié en juin 2018 d’Elora Guyader, développeuse Salesforce aussi chez Capgemini tend vers cette même affirmation que les femmes doivent se lancer dans les métiers de la Tech si elles le souhaitent. Au quotidien, elle se voit “juste développeuse, pas femme développeur.” Elle soutient que même s’il y a moins de femmes que d’hommes dans les métiers du numérique, cette réalité ne doit pas rester telle qu’elle. Elle agit à son échelle en faisant partie d’un programme de marrainage mis en place par Capgemini avec l’Université́ Pierre-et-Marie-Curie. Le but du programme est de montrer aux étudiantes les diverses possibilités professionnelles dans le domaine de la Tech et de les soutenir dans leur projet professionnel en les aidant par exemple à trouver un stage ou un emploi. Elle rajoute que beaucoup d’idées reçues demeurent dans ce secteur mais qu’il faut les dépasser et ne pas hésiter à se lancer dans la Tech.


SOURCES :